L’Actu vue par Remaides : « Disparition de Nadine Manyonga, figure du militantisme à AIDES : les hommages des militants-es »
Disparition de Nadine Manyonga, figure du militantisme à AIDES : les hommages des militants-es
La disparition, début janvier, de Nadine Manyonga, figure du militantisme à AIDES, a suscité une très grande émotion, de nombreuses réactions et de très beaux messages d’hommage ; en voici quelques-uns qui donnent à comprendre la richesse de sa personnalité, la force de son engagement et l’exemplarité de son parcours au profit de la lutte contre le sida.
« C'était une dame, une vraie, une grande »
« Je suis profondément triste, quelle perte pour AIDES et pour le monde, si seulement celui-ci n'était peuplé que de telles personnes. Je l'ai bien connue depuis Femmes en Action et au CA [conseil d’administration de AIDES, ndlr], et je considère qu'elle est le point de départ à la pleine prise en compte des enjeux migrants dans AIDES. Pour moi, en tout cas, elle est celle qui a ouvert la voie à mon engagement sur le sujet. C'était une dame, une vraie, une grande. On s'aimait beaucoup et je suis très, très triste », a écrit Céline Offerlé, directrice de l’association de gestion du collectif TRT-5 CHV et ancienne administratrice de AIDES.
« Sa confiance et son soutien, toujours »
« Pour ma part, ce que je retiendrai le plus ce sont ses "hugs", ces câlins où elle nous prenait dans ses bras, en s'engageant tout entière ― comme tout ce qu'elle entreprenait, a souligné Camille Spire, présidente de AIDES, dans un message. J'ai l'image de vidéos qu'elle a tournées à Femmes en actions en 2017, riant bras dessus bras dessous avec d'autres militantes. Le souvenir d'une discussion à cœur ouvert à la conférence Afravih à Marseille, où j'ai découvert une autre partie de sa vie. Ses petites phrases bien tournées (dont la fameuse : pour venir chez nous, tu dois faire confiance à ton anus !) Sa confiance et son soutien, toujours. »
« Une militante infatigable, qui se battait toujours pour les autres »
Dans le message officiel adressé à l’ensemble des militants-es, la présidente de AIDES a rappelé que « Nadine était arrivée à AIDES en tant que volontaire en 2016, dans la région des Hauts-de-France et s'était investie sur de nombreux sujets : l'accompagnement des PVVIH ― elle était notamment particulièrement investie dans l'animation du groupe de parole PVVIH à Lille, le parcours des personnes migrantes, la place des femmes dans AIDES. Elle s'était aussi engagée en tant que formatrice et en tant qu'élue, au sein du conseil de région Hauts-de-France et au sein du conseil d'administration. Elle a pu y apporter son expérience, son intelligence, ses réflexions très pertinentes et fines. » Et Camille Spire de souligner : « Nadine était une militante infatigable, qui se battait toujours pour les autres, et dépensait son énergie sans compter, y compris dans des contextes compliqués. Elle avait un leadership naturel et un sourire contagieux. De nombreux moments de fous-rire partagés resteront dans ma mémoire. Nadine incarnait réellement AIDES et les valeurs que nous promouvons. Elle a marqué toutes les personnes qu'elle a croisées, il n'y a qu'à voir les hommages qui commencent déjà à se multiplier (…) Je m'arrête ici car aucun des mots que je pourrais écrire ne rendrait justice à tout ce que Nadine a apporté à AIDES, à la lutte contre le VIH et à toutes celles et ceux qui ont eu la chance de la connaître. Nadine, tu vas énormément nous manquer. »
« À jamais présente dans nos luttes, nos valeurs et nos cœurs »
Nadine a occupé plusieurs fonctions et mandats comme volontaire à AIDES. Elle était devenue formatrice à l’association, ces dernières années. Olivier Pertequin, administrateur, trésorier national, président de AIDES PACA, formateur et référent du CONF (comité national de formation) lui a rendu hommage dans un très beau texte :
« Nadine était une militante engagée, dont le parcours et l’investissement au sein d’AIDES ont profondément marqué notre histoire collective. Originaire d’Afrique subsaharienne, elle s’est engagée sans relâche auprès de ce public, pour la défense de leurs droits, la lutte contre les discriminations et l’accès à la santé pour toutes et tous.
Élue de longue date en région puis au conseil d’administration, formatrice nationale reconnue, Nadine a su transmettre avec force, conviction et bienveillance les valeurs qui fondent notre association. Son engagement militant sans faille, sa disponibilité et son sens du collectif resteront une source d’inspiration pour beaucoup d’entre nous. Rattachée au lieu de mobilisation de Lille, dans la région Portes d’Europe, Nadine était aussi, et peut-être surtout, un rayon de soleil : toujours souriante, chaleureuse, conviviale, profondément humaine. Sa présence illuminait nos temps de travail, de formation et de militantisme (…) Nous honorons aujourd’hui la mémoire de Nadine, son engagement, sa générosité et tout ce qu’elle a apporté à AIDES et aux personnes qu’elle a accompagnées. Elle restera à jamais présente dans nos luttes, nos valeurs et nos cœurs. »
« Une vie pleine et entière, d’humanité, d’altruisme, de don de soi et d’amour »
Ancien administrateur de AIDES et ancien président de la région Ile-de-France de AIDES, Stéphane Calmon l’a bien connue et lui a rendu hommage dans un texte puissant et émouvant. En voici des extraits :
« Nadine ; Depuis l’annonce de ton décès, les hommages et les mots tendres à ton sujet fleurissent sur la toile. Ce sont loin d’être les derniers, j’en suis sûr. J'ai une pensée affectueuse toute particulière pour les militant-e-s des Hauts-de-France, ta région pour laquelle tu t'es tant investie et bien sûr pour ta famille.
Chacun-e a son histoire avec toi, cette jeune femme pleine de courage, de générosité et d’empathie. Tu as été de tous les combats et engagements. En tant que femme, une femme migrante, une volontaire, une présidente de région, une administratrice, une formatrice, une mère de famille aimante, une amie, une confidente.
Quand j’ai lu le message, tout en délicatesse d’une amie commune de AIDES, m’annonçant la triste nouvelle, c’est le ciel qui m’est tombé sur la tête. Sidéré et hébété que j’étais, j’ai dû m’assoir en pleine rue. Entremêlé de larmes, les souvenirs ont rapidement fusé dans ma tête (…) C’est à l’occasion des États généraux des personnes migrantes de 2018, que je t’ai rencontrée avec Agnès, administratrice référente avec moi de ce groupe (…) le courant est très vite passé entre nous ; comment pouvait-il en être autrement, tu étais si radieuse, lumineuse et ouverte aux autres ? Tu avais la charge de la logistique, mission de l’ombre, essentielle à la réussite de tout évènement. J’oserai dire que tu t’y cachais presque et tentais de rester discrète (…) Je me souviens très bien t’avoir dit en toute bienveillance et avec conviction à la fin du week-end que ce serait à toi d’animer un tel évènement, et non à une femme hétéro blanche ou un PD blanc (…) Quelques années plus tard, tu animais et portais les Universités des personnes séropositives en Hauts-de-France. Je me souviens de ta joie, ta gourmandise et ta détermination de mener à bien ce défi.
Je me souviens aussi de ton envie de te présenter puis aussi de tes appréhensions quand tu es devenue présidente de région et administratrice de AIDES.
Après ton élection au conseil avec deux autres élus régionaux, Joséphine et moi avons eu la mission confiée par le bureau de AIDES d’accompagner, de soutenir et d’épauler au mieux cette petite équipe fraîchement élue. Pendant deux ans, c’est écoulé la vie normale d’un conseil au sein de cette région que je connais bien, pleine de talents, d’idées et parfois de crises (…) Au détriment de ton « petit » confort et parfois de ta santé, tu ne ménageais pas tes efforts (…) Tu as mené ton dernier combat vaillamment comme tous ceux que tu as affrontés au cours de ta vie, bien trop courte, qui ne t’a pas assez épargnée. Trop courte certes, mais une vie pleine et entière, d’humanité, d’altruisme, de don de soi et d’amour (…) nous manques déjà, tu vas nous manquer pour longtemps. Je t’aime aussi grand qu’étaient ton sourire et ton cœur. »
« C’est une chance d’avoir rencontré une personne telle que toi »
D’autres militants-es de AIDES ont réagi sur Cybermob (un groupe privé Facebook destiné aux militants-es de l’association) à la disparition de Nadine, voici des extraits de quelques messages. « Repose en paix Nadine, les mots me manquent d'exprimer la douleur, merci pour ton sourire, ta disponibilité, ton écoute, ta bienveillance, merci pour ton énergie au groupe PREVAF [Prévention du VIH et des hépatites virales auprès des personnes nées en Afrique subsaharienne, ndlr] », a souligné Régina Goncalves. « Une ange s’en est allée, et laisse un vide. Finalement, nous ne choisissons ni notre lieu de naissance ni notre lieu de fin de vie. Un parcours inachevé, quelle tristesse », a écrit Joseph Situ. « Oh Nadine… Que de bons souvenirs. Plusieurs formations animées ensemble. Je pense à ta famille. Je suis si triste. Tu vas me manquer. Tu vas manquer à AIDES. Je t’embrasse », a expliqué Nicolas James. « Repose en paix ma Nadine. Mes pensées vont à tes proches. Merci pour accueil quand je suis arrivée chez AIDES, tu m'as pris sous ton aile. Tu as toujours été bienveillante. Tu es partie rejoindre les anges, je sais que de là-haut tu veilleras sur nous. Tu vas beaucoup nous manquer, Tu vas beaucoup me manquer. Repose en paix » a écrit Joëlle Tanfin-Boucry. « Repose en paix camarade ! Merci pour tous ces merveilleux moments partagés. Je pensais chaque mot prononcé à la fin de notre dernière formation. C’est une chance d’avoir rencontré une personne telle que toi », a indiqué Christophe Madrolle.
« La lutte continue et la victoire est certaine »
En novembre dernier, à la faveur d’un projet proposé par le lieu de mobilisation de AIDES Lille autour du 1er décembre, sur une série de podcasts donnant la parole à des personnes vivant avec le VIH et à des personnes qui les accompagnent, Nadine avait accepté de participer à une interview croisée avec un autre militant de AIDES, Mamadou. Remaides leur avait demandé : « Comment voyez-vous votre avenir de militants-es ces prochaines années ? ». Voici ce que Nadine avait répondu : « L’avenir me semble un peu compliqué. Le tableau est sombre avec toutes les inquiétudes dont j’ai parlé, mais je me dis que je suis là, que je vais continuer la lutte. Continuer parce que les personnes vivant avec le VIH nous regardent, nous les associations. Nous allons continuer d’accompagner les personnes séropositives et de faire de la prévention auprès des autres. La lutte continue et la victoire est certaine. »
Par Jean-François Laforgerie et Fred Lebreton